Après être passé devant toute la classe pendant deux heures exposant le mont blanc comme prévu, je m'apprêtais à partir. A partir de cet instant je ne voulais plus raconter mes histoires en montagne comme je l'avais fait pour le mont blanc. Je continuais légèrement à le faire sur le blog mais sans plus. Mes amis du collège d'ailleurs croyaient qu'après le mont blanc je n'avais plus rien fait en montagne, pourtant je leur avais bien dit que tout venait que de commencer. Personne n'était intéressé par ce que je fessais, le mont blanc avait attiré les regards puisque c'est sans doute la montagne la plus connu. Pour le reste j'avais l'habitude qu'ils ne comprennent pas ce que je fessais. Pour l'agneau noir était un objectif pour reprendre la montagne plus tranquillement après l'exploit. J'étais parti comme d'habitude avec ma mère et mon père.
Le premier jour de ce week-end prolongé seulement avec mon père j'étais parti faire ma première grande voie en tête. J'avais enchaîné cinq longueurs en 6a plus maximum. Le jour suivant, on partait tous ensembles du pré de madame Carle, le départ vers les Ecrins. Ce massif, c'était sûrement celui que je connaissais le plus à cette époque. J'avais effectué de nombreuse course à ski de randonnée sur le glacier blanc et quelqu'une en alpinisme. Un d'elle fut une des seuls sortis alpin que j'avais effectué avec Manon et Raphaël. Manon n'avait à l'époque pas l'âme de se surpasser en montagne, Raf par contre était très doué. J'avais réalisé un séjour avec Laurent et Gilbert de plusieurs jours à ski aussi. J'avais déjà pas mal navigué autour de ces sommets, de ces cols. Je n'avais pas encore réalisé le dôme des écrins, une des plus majestueuse des montagnes de ce massif. Quant à la barre des écrins je m'étais fixé de le faire quand j'aurais une bonne expérience, sans doute entre 18 et 20 ans.
Le sentier menant vers le glacier, tortillant entre les quelques arbres, les blocs de rocher et les marmottes était toujours autant beau. Il y avait aussi toujours un monde fou sur ce chemin, je savais pourtant que par-dessus cette première montagne il y avait le glacier et d'ici beaucoup moins de monde s'y aventurait. Je n'avais pas vraiment la patate ce jour là, mais rien ne me pressait. Il fessait bon, je circulais entre les ruisseaux. Le sac à dos était assez lourd. Après plus de mile mètre de dénivelé j'arrivais au refuge.
Un après-midi tranquille m'attendait. Après avoir préparé les quelques affaires pour le lendemain, je m'assis seul dans un coin au soleil. Comme à chaque refuge, comme à chaque foi, je prenais du temps pour réfléchir du lendemain ou autre. Cette course qui m'attendait légèrement technique était un test. J'allais tester mon aisance dans les terrains plus scabreux. Après avoir évalué mes capacités j'allais me redonner une idée si l'Ascension du Cervin dans l'année serrait une folie. Il fallait que je gagne aussi de l'autonomie dans ces terrains pour mon stage d'alpinisme qui s'approchait. Ce stage allait réunir les meilleurs alpinistes français, il fallait que je sois au niveau !
Mes pensées devenaient plus vague et je commençais tranquillement à méditer. Je fermais les yeux puis ressentais chaque élément. La caresse de l'aire, les quelques voies derrières le refuge, l'odeur alpin, le goût de l'aire pure. Un sifflement aigu retenti, une marmotte ! La première était à 500 mètres à ma gauche, 200 mètres plus haut. Mes yeux étaient toujours fermés. Une autre marmotte répondit à l'alerte. Elle était de l'autre côté de la vallée, environ 700 mètres à ma droite. Le son provenait à une hauteur quasiment égale à la mienne. Après quelques exercices de concentrations, et de méditation le soleil commençait à se coucher. Le soir laissa la lune revenir, quant à moi je rejoignis mes parents à l'intérieur boire une soupe chaude.
Le petit matin était arrivé, je pouvais sentir le froid sur ma joue. Je m'en voulais parce qu'une foi de plus je m'étais levé trop difficilement. Le petit déjeuner était mal passé, je n'avais pourtant pas vomi. Etre mal le matin, être malade, ne m'avais jamais empêché de partir. Il m'en aurait fallu beaucoup moins pour que je rate l'école. Toutes en marchant de nuit, mon père devant m'engueuler presque. Il me racontait qu'il ne ferrait jamais cordé avec moi au Cervin si le matin je prépare à cette vitesse. J'étais furieux plus contre moi que mon père. Cela fessait trop d'année que j'étais aussi mal le matin et trop d'année que je ne comprenais pas d'où venait cette faiblesse.
Je marchais bien, assez rapidement, sans me fatiguer. Le jour commençait à se lever avec son habituel grand froid. J'avais chaussé les crampons, je n'étais pas encore sur le glacier mais plutôt sur un névé donc on s'encorda pas immédiatement. On avait fait un petit arrêt donc. Je fixais la pente au loin.
_ Qu'es que tu regarde ? Demanda ma mère.
Je continuais de fixais un minuscule point noir.
_ Il y a quelque chose là bas...
_ Où sa ?
Je situais à mère l'endroit du minuscule point qui à première vue bougeait.
_ Ah ! Oui, je vois peut-être. Tu pense que c'est quoi. C'est très loin...
_ J'ai du mal à dire la distance, j'ai trop peu de point de repère. Plus de 500 mètres c'est sur. Si non je pense que c'est une cordée qui est parti plutôt. Il y a un homme.
_ Comment tu sais qu'il y a un homme, je vois à peine le point et ton père voit rien du tout.
_ Vu sa position il est entrain d'uriner. A côté je crois bien qu'il y a une personne, mais plus petite.
_ Tu m'as toujours impressionné pour ce côté la Yannou. Répliqué ma mère. Depuis toujours, c'était toi qui voyais tout en premier, avant c'était pour voir les animaux en montagne...
Peu de temps après on était reparti.
Les dénivelés passaient rapidement sous mes pieds. J'arrivais maintenant à une traversée assez expo qui me demanda une plus grande concentration et attention. On passa un petit col qui me fit découvrir un autre versant des écrins que je n'avais encore jamais exploré. Le plateau glacier était moins impressionnant que le glacier blanc mais tout de même très joli. Je continuais ma marche sous le soleil, la neige commençait déjà à se transformer, il fallait faire vite. On s'approchait de plus en plus de la montagne caractéristique de l'agneau noir et la pente devenait plus raide. On était maintenant dans un couloir de neige, ma mère dans ces terrains n'était pas bien forte. J'étais assez mal à l'aise là dedans, on m'était trop de temps, la pente tout entière pouvait partir. On arriva enfin au « col ». C'était plutôt une arrête de neige extrêmement fine et glacée par le vent. Je m'assis à cheval sur l'arrêt pour assuré mon père qui part en tête. L'Ascension s'annonce mal. La cordée que j'avais vue précédemment à beaucoup ralenti, on peut les voir facilement. Nous étions talonnés par plus de 20 alpinistes. Vu que ma mère n'est pas bien douée dans ces terrains je m'occupe de tout avec le bordel que me fou les autres cordées. Je n'ai jamais bien eu de chance quand il y a beaucoup de monde, les gens voyant mon jeune âge me prenne pour un débutant et m'envoie un peu chier. Cette foi-ci je ne m'étais pas laisser faire. Quant à la voie d'alpinisme qui était annoncée pour une difficulté PD ( peu difficile), en raison de récente chute de neige elle était devenu AD ( Assez difficile ). En alpinisme les cotations sont très difficiles, une voie PD demande déjà une bonne expérience. Pour quelle raison les cotations sont autant difficiles ? Je crois tout simplement parce que l'alpinisme est un « sport » difficile. Dans l'ordre croissant les cotations : F (facile), PD (peu difficile), AD (assez difficile), D ( Difficile), TD (très difficile), ABO était mon préféré cela voulait dire : Abominable.
On partait pourtant tous les trois à l'assaut du sommet. Pendant plus de quatre heures je me battais contre le rocher, la neige, la glace. J'essayais d'aider ma mère. Je fessais preuve d'une grande concentration, un pas de travers et c'était la chute mortelle. L'équipement était difficile à poser, je ne voulais pas prendre de risque majeur, mais pourtant au bout du compte on était tous arriver en haut. La cordée qui était devant nous avait aussi réussis. Quant à tous les autres, on les vit rebrousser chemin, dès la première longueur ils avaient abandonné.
La fin de la matinée et toute une après-midi nous aura fallu pour redescendre jusqu'au pré de Madame Carle. A la descente j'avais appris à descendre plus rapidement sur un sac poubelle et j'avais eu le plaisir d'effectuer un joli bloc à 3000 mètres. Au final, j'avais été beaucoup fatigué par la course bien sur, elle n'était pas donnée mais aussi pars la très grande concentration que j'avais preuve sur la voie. J'avais très bien gérer la situation, j'étais fier, mais peut-être pas assez pour être convaincu de la tentative pour le Cervin.